Ce dossier propose un état comparatif de l'historiographie portant sur les transformations de la seigneurie, du fief et du rapport à la terre dans la noblesse au sein de plusieurs pays européens (Angleterre, Espagne, France, Italie, Saint-Empire) de la fin du Moyen Âge au xixe siècle. Lire la suite
Dans chacun de ces espaces, les travaux historiens ont été fortement marqués par les débats et l'héritage théorique du passage du « féodalisme » au « capitalisme » et de la genèse des sociétés dites « démocratiques » et « modernes ». Ces grands récits ont donné leur forme à l’histoire de la propriété foncière et, par ce biais, à l’histoire de la noblesse dont les mentalités et la volonté de contrôler la terre et les hommes ont longtemps été considérées comme des freins à l’épanouissement de la modernité. Toutes ces analyses ont été largement discutées et contestées mais elles n’en continuent
pas moins d’organiser l’historiographie de manière plus souterraine, puisque le débat est surtout mort de la marginalisation de l’histoire économique et sociale. Ce dossier entend donc ressaisir l’héritage des travaux anciens en s’attachant aux comparaisons qu’ils ont effectuées, au vocabulaire qu’ils ont utilisé, à leurs débats, pour dresser un état des lieux
historiographique sur la domination seigneuriale de la terre, sur le rapport nobiliaire à la terre et sur la féodalité, de manière contextualisée. L’objectif est de chercher des voies pour sortir des impasses du comparatisme tel qu’il a été mené dans ces travaux tout en mettant à jour son questionnaire à l’aune des apports récents de l’histoire des noblesses européennes
ou encore de la propriété, qui permettent de reconsidérer la question de l’organisation seigneuriale dans les différents pays, voire les différentes régions, ainsi que le problème des transformations des conceptions et des pratiques d’appropriation de la terre. Il s’agit par là d’ouvrir des voies vers un comparatisme renouvelé. Il est en effet conçu comme le prélude à une recherche comparée collaborative de plus grande ampleur visant à historiciser et à spatialiser pleinement le phénomène seigneurial et ce qu’on appelle couramment la féodalité, dont les définitions restent, jusqu’à ce jour, marquées par un flou
préjudiciable à la saisie des réalités sociales passées, et donc de leurs transformations
Élie Haddad et Antoine Roullet
Noblesse, fief, seigneurie et rapport à la terre : héritages historiographiques, enjeux méthodologiques et comparatisme
Rachel Renault
La terre et son maître : équivocités du pouvoir seigneurial dans l'Allemagne moderne (xviie-xviiie siècles)
Jan Zelenka
The Přemyslid « State », Feudalism, and Feudo-Vassalic Relations in Modern Czech Historiography
Laure Verdon
Noblesse, seigneurie et féodalité : écrire l’histoire de la Provence médiévale au xxe siècle
Élie Haddad
Noblesse, seigneurie, rapport à la terre : un état de la question (France du Nord, xvie-xviiie siècle)
Blaise Dufal
Un aller sans retour : la scolastique marxiste de la transition du féodalisme au capitalisme
Stéphane Jettot
Féodalité et aristocratie britannique dans l’oeuvre de David Cannadine : bilan et perspectives
Federico Del Tredici
Seigneurie, fief et croissance économique dans l’historiographie italienne. Observations sur l’Italie du Nord (xive-xixe siècles)
Antoine Roullet
Terre, seigneuries, monarchie en Castille, un parcours historiographique
Résumés et mots-clés
Les auteurs